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    Souffrance des soignants : une bombe à retardement

    Souffrance des soignants : une bombe à retardement

    Voilà un sujet bien sensible et des plus préoccupants.

     

    La pléthore de plateformes de soutien aux soignants explique peut-être cela, mais les appels n’y sont pas légion si l’on tient compte des difficultés que rencontrent les soignants sur le terrain.

     

    L’association Soins aux Professionnels en Santé (SPS)* assure toutefois avoir traité de fin mars à fin avril, l’équivalent des appels recensés sur l’année 2019. Plus de la moitié des appelants sont des médicaux ou des auxiliaires médicaux, 30% des appels proviennent d’Ile de France et 12% du Grand Est et d’Auvergne Rhône-Alpes.

     

    Dans un contexte d’omniprésence de la mort, un premier retour sommaire des différentes motifs d’appels fait état de souffrances liées au stress, à l’épuisement, l’anxiété et à la crainte d’être contaminant. Ils pointent également certaines addictions antécédentes et des décompensations de troubles pré-existants. Ce n’est pas rien …

    La culpabilité s’ajouter encore à la problématique d’un soignant qui s’impose de tenir bon coûte que coûte, et d’être à la hauteur de l’attente de la population.

    Les écoutants font déjà état de stress post traumatique assez inquiétant pour l’après crise. 

    L’Ordre infirmier rend public une enquête menée auprès de 70 000 professionnels soit 20 % de ses inscrits, qui révèle une souffrance importante. 3/4 des sondés affirment ne pas être suffisamment équipés : 83 % déplorent le manque de surblouses, 78 % de masques et 65 % de lunettes. Tout aussi inquiétant, « 12% des infirmiers ont déclaré avoir subi des pressions, menaces ou injures en rapport à leur profession, et 6% déclarent avoir subi une agression visant à leur dérober du matériel ». L’Ordre leur conseille de porter plainte et nous les encourageons dans ce sens. Enfin, 79 % se sentent en souffrance professionnelle. Il est toutefois regrettable que cette enquête ne relève pas les spécificités de l’exercice libéral.

    Une étude chinoise*** parue le 23 mars dernier, menée entre le 29 janvier et le 3 février sur 1 257 soignants, révèle presque 72% de symptômes post-traumatiques, avec plus de la moitié de dépressions, plus de 44% d’anxiété et 34% d’insomnies.

    Les navettes de soutien psychologique intra-CHU semblent recevoir un très bon écho de la part du personnel soignant. Elles permettent de repérer les agents en difficulté, et des actions comme des ateliers psycho-corporels ont été instaurées, mais le risque de propagation du virus met un frein et une limite à ces expériences. Elles montrent en tout cas qu’aller au-devant des soignants peut briser l’hésitation qu’ils peuvent ressentir à verbaliser leur souffrance. Il faudra retenir cela pour notre secteur libéral éloigné de ces dispositifs.

    Il sera nécessaire de mesurer l’impact psychologique de la crise sanitaire sur les professionnels libéraux et plus particulièrement les infirmiers libéraux trop souvent oubliés. Nous aussi, nous sommes démunis, stressés et angoissés dans ce que cette crise induit à la fois émotionnellement dans nos patientèles, dans la réorganisation qu’elle impose, dans le dénuement irrationnel face au manque de protections et aux messages parfois contradictoires des tutelles… et le peu de reconnaissance dont elles ont, pour l’instant, fait preuve.

    Jusqu’à ce jour, et même si l’exercice en groupe s’est généralisé, la pratique du soin en libéral était par nature solitaire, les rapports entre cabinets d’un même secteur parfois distants et marqués par la rivalité, chacun veillait un peu jalousement sur sa patientèle. On ne blâme pas, on constate, tant les raisons profondes à ces comportements sont complexes.

    Déjà, d’après les premiers retours et sur les réseaux sociaux, on peut constater un décloisonnement et le désir de se retrouver, échanger du matériel, se soutenir et communiquer. La confraternité dépasse mmême les secteurs d’activité : des idels s’inscrivent sur la réserve sanitaire, d’autres rejoignent le personnel des Ehpad ou autres structures, et ceci est loin d’être exhaustif. Cet état d’esprit existait bien entendu, mais depuis longtemps les pratiques s’étaient individualisées. Les différentes politiques des pouvoirs publics pouvaient aussi entretenir et attiser le sentiment qu’il existait un abîme entre l’institution et le libéral.

    Misons sur ces nouveaux rapports pour surmonter nos difficultés.

    Depuis le début de la pandémie, l’Onsil tente d’informer (car savoir permet de mieux appréhender et donc maîtriser ses craintes), de rapprocher les professionnels sur les réseaux sociaux qu’elle anime sans relâche jour après jour. Elle fait régulièrement remonter les difficultés et doléances des professionnels et elle ne lâche pas les tutelles de ses exigences. Elle tente de participer tant bien que mal au soutien psychologique et confraternel des idels de métropole et d’outre-mer. Ils savent qu’ils peuvent compter sur l’Onsil. La loyauté est le gage d’une relation fidèle et durable.

    Nous recueillons déjà les témoignages et les retours d’expérience et nous saurons en tirer parti afin que l’exercice libéral ne soit pas oublié et sous-estimé, et qu’il fasse l’objet de réformes réellement valorisantes, volontaristes et ambitieuses, loin des dernières mesures prises en urgences qui l’ont malmené et divisé, mais aussi rétrogradé. 

    En attendant, l’Onsil vous engage à contacter les différentes plateformes d’aide, dont l’association SPS*. Leurs missions consistent avant tout à écouter et permettre au soignant en difficulté de s’épancher. C’est déjà beaucoup et c’est utile.

     

    * https://www.onsil.fr/blog/2020/03/27/lassociation-soins-aux-professionnels-de-sante-demande-la-creation-dune-plate-forme-de-soutien/

    **https://www.ordre-infirmiers.fr/actualites-presse/articles/covid-19-ordre-des-infirmiers-alerte-sur-la-situation-de-la-profession-et-annonce-de-nouvelles-mesures-durgence.html

    ***parue dans le Journal of the American Medical Association (ou Jama)

     

    Source : hospimedia

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