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    Contre les déserts médicaux ? Le BSI…

    Contre les déserts médicaux ? Le BSI…

    Sur TF1 le 10 février dernier*, nous avions eu droit à un reportage de 4 minutes sur notre exercice dans un contexte de déserts médicaux. Et attention … en préambule, on nous dit que ce sont des solutions « de bon sens ». 

    Alors que la profession se mobilise un peu partout, que des responsables politiques locaux, inquiets sur la prise en charge de nos aînés, ont interpellé hier Madame Buzyn et aujourd’hui M. Véran, que des associations de patients handicapés montent au créneau et ont écrit aux tutelles, que les interrogations des Idels sont à leur paroxysme, une consœur se prête à une mise en scène complètement décalée.

    On nous montre une infirmière pendant sa tournée, au domicile de 3 de ses patients.

    La première partie traite en particulier de la coordination avec le médecin pour l’adaptation d’une posologie par l’intermédiaire de la secrétaire du cabinet infirmier, même si nous le savons bien, tous les infirmiers n’ont pas les moyens d’en avoir. L’infirmière insiste sur son rôle relationnel face à l’isolement des personnes âgées. Et c’est bien.   Avançons vers la fin du reportage.

    Grâce aux réformes récentes, on peut, désormais, faire un bilan « complet » !

    La grande et immense avancée ! Ok, mais à quoi sert-il ? Il permet selon elle « d’identifier tout notre travail à domicile ». Sans commentaire… Surtout quand on sait qu’il ne sera lu par personne et que le but ultime de ce forfait et de l’Assurance maladie est de dérembourser la dépendance en assurant un transfert de tâches, donc de dépenses, vers les conseils généraux à travers l’attribution de l’Allocation Personnalisée Perte d’Autonomie (APA).

    La journaliste en off précise que le document est à envoyer au médecin et à la sécurité sociale, en insinuant qu’il sert aussi au patient, alors qu’il n’est, on le sait, qu’un outil pour alimenter un algorithme afin de calculer notre rémunération. Notre consœur aurait-elle fait preuve de naïveté ?

    Ah, aussi : la tarification de 25€ serait enfin à la hauteur de notre rôle de veille dans ce contexte de pénurie des médecins. Sauf que … la veille, rémunérée à ce niveau, une seule fois par an, n’est pas à elle toute seuls un gage de revalorisation mais plutôt une grosse arnaque.

    Dans ce reportage, on est presque dans le monde des bisounours. Tout va bien. Aucun de nos problèmes n’est évoqué : ni la reconnaissance du rôle propre au service des patients, ni le plafonnement des IK, dans un secteur rural comme la Creuse dont justement, le Conseil départemental a adopté une motion** contre cette disposition, ni notre nomenclature, inadaptée aux prises en charge complexes, etc. 

    En même temps, on sait pour qui prêche la consœur interviewée. Présenter son travail est tout à son honneur. En occultant le reste et en faisant la promotion de la nouvelle disposition (selon nous purement comptable) qu’est le BSI comme alternative aux déserts médicaux, s’apparente à une parodie, voire à une sombre farce.

    La prochaine fois, on suggère aux journalistes de se tourner vers l’Onsil pour parler de la consultation infirmière autonome qui, elle, serait le bilan réellement complet auquel on aspire depuis bien longtemps.  

    Profitons-en au moins pour faire un récapitulatif de nos principaux arguments contre le BSI !

    • saisie sur des items pré-établis : négation de l’analyse, des diagnostics infirmiers et du rôle propre étriqué.
    • saisie en ligne avec des difficultés de connexion et des bugs en pleine saisie : lourdeurs administratives.
    • saisie en 2 temps au domicile pour le recueil de données et au cabinet avec la CPS connectée au PC : encore des lourdeurs non rémunérées.
    • calcul de la prise en charge par un algorithme : dispositif purement comptable, on passe outre la prescription infirmière ; subordination de l’infirmier à la décision de l’algorithme.
    • saisie en ligne d’éléments médicaux concernant les patients : quid du consentement éclairé et des recours ?
    • baisse de la rémunération en particulier pour les forfaits lourds et déclassement intempestif des patients lourds : effet dissuasif dans la prise en charge des patients lourds, complexes et poly pathologiques ; risque de tri des prises en charge en fonction de la rentabilité. On en conclut que l’assurance maladie ne veut plus des patients les plus dépendants.
    • forfait insécable sur une journée et contrats de partages d’honoraires obligatoires : aucun contrat n’est encore publié par l’Ordre ; qui décide des différentes rémunérations entre collègues ; risque de liens de subordination.
    • limitation des passages liés à tous les soins de la dépendance à 4 par jour : difficultés d’accès aux soins pour les patients dépendants lourds.
    • Cotations AMX/AMI : qui décide du caractère des soins liés à la dépendance ? Sont-ils eux aussi limités à 4 passages par jour ?
    • Pseudo revalorisation du forfait à 25€ une seule fois par an : rôle propre dévalorisé, encadrées maîtrisé.
    • nécessité de prescription des majorations nuit et dimanche par le médecin : dénaturation du concept du BSI dont la planification est censée relever de l’idel.
    • Instauration de forfaits flottants après évaluation annuelle des dépenses engendrées par le BSI : nos rémunérations ne sont plus pérennes.

    Et ce ne sont que les principaux arguments auxquels on peut ajouter la non revalorisation des déplacements, de nos lettres-clés, des actes courants.

    Limitation des indemnités horokilométriques :

    • limitation de l’accès aux soins des personnes isolées en zones rurales et de montagne.
    • principe d’un « quota » qui pourra être revu à la baisse pour des économies de santé et étendu à l’ensemble du territoire.

    D’un côté on nous subventionne pour nous installer en zones très sous dotées, et de l’autre, on limite et on dérembourse nos déplacements…

     

    *Le reportage en replay ici :

    https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/remedes-contre-les-deserts-medicaux-4-4-les-infirmieres-en-premiere-ligne-21721681.html

    **La motion :

     

     

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