• 24 NOV 17
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    LETTRE OUVERTE A L’IGAS  : Les Infirmiers et les soins palliatifs

    LETTRE OUVERTE A L’IGAS : Les Infirmiers et les soins palliatifs

    Un récent rapport de l’IGAS met en cause les compétences des infirmiers libéraux concernant leur capacité à prendre en charge les patients en soins palliatifs au domicile, mais cela ne tient absolument pas compte de nos formations initiales et complémentaires (DUSP, DU Douleur, Hypnothérapie, etc.).

    Nos patients, eux ne l’entendent pas comme cela !

    Lequel d’entre nous n’a jamais entendu un patient nous demander de finir ses jours chez lui, et non dans un lit d’hôpital froid et aseptisé… ?

    Ce même patient qui vous demande, dans une démarche éthique, de prendre en compte ses douleurs (physique, psychologique, spirituelle, …) tout en restant auprès des siens, dans ses murs, dans sa maison ou son appartement qu’il a façonné de ses mains, comme un dernier adieu à sa vie d’avant.

    Nous sommes toutes et tous compétents pour prendre en charge ces patients jusqu’à la fin chez eux, et entourés de leur famille. Les aider dans ces épreuves difficiles à se souvenir des bons moments, leur dire que la vie ne pourrait exister sans la mort, ce processus naturel qu’il faut malgré tout réussir à accepter.

    Nous sommes toutes et tous compétents pour instaurer cette relation de confiance et de complicité avec le patient et ses accompagnants, qui n’est pas toujours simple à mettre en place.

    Comment accompagner ces personnes sans ce petit plus ? Ce n’est même pas une question de coût pour nous, car la prise en charge par un infirmier n’est pas onéreuse (tarif NGAP du soin, auquel s’ajoute une MCI à 5€ par passage) comparée à une prise en charge hospitalière ou par une HAD.

    Notre formation de « base » nous donne déjà les rudiments de la prise en charge des soins palliatifs puis, il y a l’expérience professionnelle, qui nous permet de perfectionner cette prise en charge. Enfin, nous pouvons aussi encore l’améliorer par l’obtention d’un DU en soins palliatifs. Mais l’obtention de ce diplôme ne permet pas une « facturation différente » par l’IDEL qui a le diplôme, IDEL qui n’est même pas reconnue spécialiste dans le domaine.

    Nous coordonnons avec le médecin traitant, avec le kiné dont le passage devrait être impératif ne serait-ce que pour la mobilisation passive. Nous accompagnons aussi ces professionnels ! Et oui le palliatif est une discipline à part entière ! La philosophie des soins palliatifs est d’accompagner le patient ET son entourage ainsi que tous professionnels qui gravitent autour.

    L’IGAS dit que nous n’assurons pas des prises en charge 24h/24 et 7j/7 ? Sur quel rapport (puisqu’ils sont les professionnels des rapports) se basent-ils ? Pour prendre nos patients en chargent, nous déployons des trésors d’ingéniosité, certains cabinets d’infirmiers libéraux nous rapportent même le fait qu’ils ont pris en charge des patients en soins palliatifs à 5 cabinets pour optimiser la prise en charge sans aller vers l’épuisement physique et psychologique personnel. Nous, à l’Onsil, nous trouvons cela magnifique et très professionnel de la part de nos confrères et consœurs.

    Nous travaillons aussi conjointement avec les réseaux de soins Palliatifs qu’adviendra t il de ces réseaux si la prise en charge en HAD est systématique ?

    L’IGAS semble être loin des réalités du terrain ! Elle n’imagine même pas que beaucoup d’entre nous avons le courage de nous lever vers 2-3 heures du matin pour accompagner un couple dont l’un des deux est sur le point de partir. Elle semble préconiser la prise en charge par l’HAD ! Mais pourquoi nous direz-vous ?

    Outre une présidente de la FNEHAD ancienne ministre, nous pourrions remarquer que certaines personnes sont également par ailleurs impliquées comme M. Pierre Tisserand, anciennement inspecteur à l’IGAS, et qui préside l’une des HAD les plus connues dans les Hauts de France.

    Nous pourrions douter de l’impartialité de l’IGAS au vu de cet état de fait.

    Nous pourrions aussi douter des raisons financières. Certaines HAD se disent « association sans but lucratif » mais la rémunération élevée des dirigeants pourrait être vue comme facilitant ce but philanthropique.

    Voici donc tout ce qui nous fait douter du bien-fondé de ce rapport et du sérieux de la base sur laquelle il a été effectué.

    Et là encore, on pourrait se demander ce qu’il reste de la volonté première de vouloir garder les patients dans leur environnement ?

    Je pense à mes collègues infirmières des HAD qui, épuisées par les rythmes infernaux imposés par leur hiérarchie, capitule à la première occasion. Connaissez-vous le taux de turn-over des infirmières des HAD ? Une source interne d’une HAD m’a indiqué qu’à son retour de vacances (3 semaines) sur ses 15 collègues habituelles, seules 3 étaient toujours présentes ! Comment créer du lien, de la compassion et de l’empathie dans ses conditions ?

    Nous, libéraux, nous prenons le temps ! Nous sommes là, parfois trop là d’ailleurs, et nous devrions quelque fois prendre de ce temps pour nous faire plus entendre !

    L’Onsil trouve curieux le silence assourdissant de nos confrères des autres syndicats, et nous demandons à être reçu par l’IGAS, afin d’avoir des explications sur ce rapport et leur apporter notre point de vue de professionnels de terrain qui semble leur manquer cruellement. Le plus tôt sera le mieux.

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